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Quand le corps ne redescend plus

Écrit par Daniel Latorre
11 juin 2026 · Lecture 3 min
Personne allongée, yeux fermés, recevant un soin de la nuque dans une lumière douce

Les gens viennent me voir pour une épaule. Puis, presque toujours en fin de séance et sur le ton de la parenthèse, arrive le reste : « je dors mal depuis des mois », « mon ventre fait n'importe quoi », « je suis fatigué même le week-end ». Ces trois phrases n'en font qu'une.

Deux régimes, et un interrupteur qui se bloque

Le système neuro-végétatif — celui qui règle ce que vous ne commandez pas — fonctionne en deux régimes. L'un prépare à l'action : le cœur accélère, les muscles se tonifient, la respiration monte dans le thorax, la digestion passe au second plan. L'autre fait l'inverse : il ralentit, digère, répare, reconstitue les réserves.

Les deux devraient alterner au fil de la journée. Mais quand les sollicitations s'enchaînent sans répit — le travail, les écrans, le bruit, une période difficile —, l'interrupteur reste bloqué du côté de l'action. Le corps ne reçoit plus jamais l'ordre de redescendre. Il finit par le dire à sa manière.

Les trois signaux, dans l'ordre où ils arrivent

Le sommeil part le premier : l'endormissement s'allonge, ou bien le réveil se cale sur les petites heures et l'esprit se remet aussitôt à tourner. Puis vient la digestion, parce qu'elle est la première fonction que le corps sacrifie quand il se croit en alerte : ballonnements, transit qui s'emballe ou se bloque, ventre dur au toucher.

La fatigue arrive en dernier, et c'est la plus trompeuse — elle ne cède plus au repos. Dormir davantage ne la répare pas, parce que le problème n'est pas la quantité de sommeil mais la qualité de la descente qui le précède.

Ce que le travail manuel vient faire là-dedans

Un toucher lent, appuyé et surtout prévisible envoie au système nerveux un message qu'aucune décision volontaire ne parvient à produire : rien à surveiller ici. Au bout de quelques minutes, le corps cesse d'anticiper le geste suivant, la respiration redescend dans le ventre, et les gargouillis se font entendre — la digestion vient de reprendre la main.

Rien de magique là-dedans : on ne fait que redonner au corps l'occasion de basculer, régulièrement, jusqu'à ce qu'il retrouve le chemin tout seul. C'est aussi la raison pour laquelle j'interviens en entreprise : une séance courte mais répétée fait davantage qu'une longue séance une fois l'an.

Ce que je ne prétends pas faire

Le massage ne supprime pas la charge d'une vie et ne règle pas la cause de ce qui vous épuise. Il offre au corps un rendez-vous où il n'a rien à tenir — et c'est souvent à partir de là que le reste redevient tenable.

Une insomnie qui dure, une fatigue inexpliquée, des troubles digestifs qui s'installent ou qui s'accompagnent d'une perte de poids méritent un avis médical avant tout le reste. Je vous accompagne ; je ne diagnostique pas.

Daniel Latorre
Masseur thérapeutique agréé ASCA et RME — Rue de Lausanne 67, Genève